UN ETE APOCALYPTIQUE ?
Chaleurs étouffantes, feux gigantesques, maisons brûlées, souvenirs perdus, des milliers de personnes évacuées, cours d’eau partout asséchés, nappes phréatiques drastiquement diminuées, coulées de boue meurtrières… Nous avons vécu « l’été qui a tout changé » selon l’expression fréquemment employée dans les journaux. A cet été bouleversant va s’ajouter une année déterminante pour notre pays avec une élection présidentielle capitale au printemps 2027. Et en trame de fond, les guerres (y compris économiques) qui surgissent et s’installent avec leur cortège d’atrocités. Décidément, l’horizon ne fait que de se boucher. C’est en tout cas le sentiment de beaucoup. Partout, nous sommes face à des « crises » : crise de l’environnement, crise de la démocratie et de l’école, crise de l’autorité, crise humanitaire, crise économique, etc. Même notre agacement devant ce cri perpétuel à la crise ne nous
masque plus les faits qui s’imposent à nous, entrant jusque dans notre quotidien.
Le monde est en crise. Soit. Plutôt que de nous enfoncer encore plus avant dans l’actualité, prenons un détour étymologique. Notre mot « crise » porte un appel que son origine grecque fait entendre : le verbe krino, qui en est à l’origine, signifie « trancher, décider, juger ». Notre situation, terrible, peut aussi s’entendre comme un appel à un jugement nécessaire : qui débrouillera tout ceci pour nous ? Notre foi nous interroge alors : face à de telles crises, nous rappellerons-nous du Juge qui vient ? « L’Éternel vient pour juger la terre ; il jugera le monde avec justice et les peuples selon sa fidélité, » nous dit le Psaume 96 (v. 13). Si le temps que nous vivons nous apparaît parfois « apocalyptique », notre foi doit nous conduire, paradoxalement, à répondre : alors, nous n’attendons pas le pire ! Nos chants le disent : « Voici l’aurore d’un jour nouveau, le ciel se dore de feux plus beaux. Jésus s’apprête ; pourquoi gémir ? Levons nos têtes, Il va venir ! »
Lever la tête et attendre le Fils de Dieu qui viendra « sur les nuées du ciel » (Matthieu 26, 24), cela n’est pourtant pas ajouter une crise (et une peur) aux autres crises ; c’est, au contraire, espérer, attendre, frémir de la joie qui vient au milieu même de nos malheurs. L’Écriture nous y engage : « Ne vous affligez pas comme ceux qui n’ont pas d’espérance ! » (1 Thessaloniciens 4, 13). Luther parlait d’ailleurs du Retour du Seigneur comme du « Joyeux Jour » et le psaume 96 (déjà cité) ne déploie pas une angoisse mais se fait cantate de fête : « Chantez à l’Éternel un cantique nouveau ! Chantez à l’Éternel, toute la terre ! Chantez à l’Éternel, bénissez son nom, annoncez de jour en jour la bonne nouvelle de son salut ! (…) Que les cieux se réjouissent, et que la terre soit dans l’allégresse, que la mer retentisse, avec tout ce qui la remplit. Que la campagne exulte, avec tout ce qui s’y trouve, que tous les arbres des forêts lancent des acclamations » (Psaume 96, 1-2 et 11-12).
L’Esprit Saint nous propose là des mots bien éloignés de notre été terrible… mais c’est la folie de notre foi qui doit désormais parler ! Aujourd’hui, il nous faut voir ce que plus personne n’espère. Dans nos épreuves, que notre prière puisse grandir encore et se déployer dans le monde comme une bannière d’espérance et de consolation, par laquelle tous les hommes de bonne volonté pourront se rallier à la joie qui vient ! Notre prière, la voici : Marathana, Viens Seigneur Jésus, Viens bientôt !
Pasteur Timothée Gestin