Edito OCT-NOV 26

400 ANS DE PRESENCE LUTHERIENNE A PARIS : COMMENT FAIRE MEMOIRE ?

Nous fêterons, le 29 novembre prochain à 15h30 en l’église de la Rédemption, les 400 ans du premier culte luthérien à Paris. Vous pourrez d’ailleurs lire dans ce numéro un bref aperçu de l’histoire des luthériens à Paris depuis leur origine, en octobre 1626 dans la chapelle de Suède, jusqu’à nos jours dans l’Inspection luthérienne de Paris. Cette occasion est belle mais nécessite réflexion : dans quel esprit allons-nous célébrer cet événement majeur ? Voici quelques jalons utiles :

     

  • Rendre grâce pour ce que Dieu a fait !

 
L’apôtre Paul le rappelle dans la première épître aux Corinthiens 3, 6 : « Ainsi, ce n’est pas celui qui plante qui est quelque chose, ni celui qui arrose, mais Dieu qui fait croître. » Alors que nous allons nous souvenir des pasteurs et des laïcs qui ont, ensemble, porté notre Église de sa naissance à aujourd’hui, il nous faut y discerner, d’abord et avant tout, ce patient travail de Dieu qui forme, redresse, accompagne et bénit par la Parole qu’il dispense toujours ! Voir notre histoire comme l’histoire que Dieu a lui-même nouée avec nous. Sans exclure de notre mémoire les autres chrétiens, en célébrant, puissions-nous pouvoir confesser et chanter avec le psaume : « Oui, il est notre Dieu ; nous sommes le peuple qu’il conduit, le troupeau guidé par sa main » (Ps 95, 7) !

     

  • Garder le bon dépôt

 
L’Apôtre Paul adressait à Timothée l’exhortation suivante : « Garde le bon dépôt, par le Saint-Esprit qui habite en nous » (2 Timothée 1, 14) ! C’est cette exhortation qu’a choisi l’Inspecteur René Blanc pour écrire une brochure portant sur la légitimité d’une présence luthérienne à Paris. Il y répondait par une thèse qui doit demeurer la nôtre : c’est la confession de foi de l’Église luthérienne qui légitime sa présence et qui fait, d’ailleurs, de cette présence une mission.

De quoi parle-t-on précisément ? De la conviction selon laquelle la justification du pécheur par la seule foi au Seigneur, Crucifié et Ressuscité, demeure le cœur absolu de la proclamation de l’Évangile et l’étalon qui juge de tout dans nos vies et dans l’Église. Cette confession de foi s’exprime certes dans la Confession d’Augsbourg et le Petit Catéchisme de Luther, ainsi que dans les autres Livres Symboliques, mais elle a aussi été déposée dans notre liturgie, dans nos prières et nos gestes, dans nos fêtes et dans l’aménagement de nos églises. Cette Confession de foi est incarnée ; elle doit être transmise et rester toujours vive parmi nous ! Comme l’Église de Philadelphie, puissions-nous recevoir avec foi et pour nous-mêmes la promesse du Christ :
« j’ai mis devant toi une porte ouverte que nul ne peut fermer, parce que tu as peu de puissance, que tu as gardé ma parole et que tu n’as pas renié mon nom. »
(Apocalypse 3, 8)

     

  • Articuler la réforme de l’Église et la permanence de la Parole de Dieu

 
Regarder vers le passé ne doit pas nous conduire à nous satisfaire de notre « identité » luthérienne pour la figer pour toujours ! « L’Église doit toujours être réformée » dit une de nos devises (Ecclesia semper reformanda). Aucune Église ne peut faire l’économie du dynamisme de l’Esprit ! Encore faut-il bien s’entendre, dans les Églises « de la Réforme », sur le sens de ce dynamisme. Nous ne sommes pas libres de façonner l’Église – sa doctrine, sa liturgie et sa morale – au gré de nos envies ou
selon l’esprit du temps. D’ailleurs, une autre devise luthérienne, empruntée au prophète Esaïe l’explique bien : « La Parole du Seigneur demeure éternellement » (Verbum domini manet in aeternum, Esaïe 40, 8) ! Le jaillissement nouveau de l’Église
– ce que l’on appelle parfois le « Réveil » – tient dans cette ligne de crête : le renouveau de l’Église prend sa source dans la parole éternelle de Dieu. Voici qui interroge notre confiance et, peut-être, nos réflexes. Ferons-nous confiance à la Parole de Dieu – plutôt qu’à nos propres idées – pour parler aujourd’hui ? Saurons-nous attendre que la nouveauté vienne de cette parole plutôt que des nôtres ?

C’est dans cette confiance que se décide l’aujourd’hui de notre Église régionale : « aujourd’hui, écouterez-vous sa parole ? » (Psaume 95, 7) Gérard Ebeling, grand théologien luthérien du siècle dernier, pouvait envisager la fête de la Réformation comme un jour de repentance pour l’Église ; puissions-nous aussi conserver cet esprit d’humilité. Les paroles du Christ à l’Église de Sardes doivent toujours trouver leur place dans notre prière : « Rappelle-toi donc comment tu as reçu et entendu (la parole), garde-la et repens-toi. » (Apocalypse 3, 3).
Que ce retour à la Parole de Dieu, cette conversion par une prière abreuvée de l’Écriture sainte et animée de l’Esprit, soit la seule source à laquelle nos racines continuent de puiser !

 

Pasteur Timothée Gestin

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